Katrina : Imputabilité & Responsabilité – Les raisons politiques et constitutionnelles d’un désastre annoncé

La première question qui m’est venu à l’esprit après le passage du cyclone Katrina était comment la première puissance mondiale avait pu échouer à sauver sa population et à minimiser les risques liés à ce type d’événements ?

La réaction primaire est de pointer l’incompétence du Président des Etats-Unis à ne pas avoir su gérer une telle crise. Mais comme toujours, cela n’est pas si facile d’imputer une telle faute au “Commander in Chief”. Quid des responsabilités dans cette crise ?

Tout d’abord, nous nous devons de rappeler la structure fédérale des Etats-Unis et de la pyramide kelsenienne des pouvoirs. Ainsi à la base, nous avons les pouvoirs locaux, au-dessus les pouvoirs de l’Etat puis au sommet de cette pyramide les pouvoirs fédéraux. Chacun réglant à son échelle les problèmes qu’il peut rencontrer et appelant à la rescousse le pouvoir supérieur en cas de besoin.

Si le scénario avait été appliqué, le Gouverneur de la Louisiane aurait dû demander l’aide au pouvoir fédéral selon l’Insurrection Act de 1807. Cela se traduit par une délégation de ses pouvoirs de gouverneur au Président. Il aurait pu donc concentrer et rassembler les pouvoirs locaux, étatiques et fédéraux afin d’organiser au mieux l’évacuation et les opérations de sécurisation des lieux.

Malheureusement, le Gouverneur n’a pas souhaité donné cette délégation au Président. Ce qui explique donc un tel retard dans les opérations. En effet, seule la Garde Nationale de Louisiane pouvait agir.

A priori, la faute incomberait donc à Madame le Gouverneur.

Cependant, des voix se sont élevés pour relativiser la responsabilité du Gouverneur face au Président des Etats-Unis. Nicholas Lemann, doyen de l’école de journalisme de l’Université de Columbia en a appelé à l’article premier de la Constitution des Etats-Unis et à l’Insurrection Act de 1807:

“The Congress shall have Power To provide for calling forth the Militia to execute the Laws of the Union, suppress Insurrections and repel Invasions;”

Ainsi pour lui, le Président se devait de mobiliser les troupes. L’Etat de Louisiane ayant été dans l’incapacité de protéger ses habitants, le Président aurait du prendre les devants quitte à outre-passer le pouvoir local. Pour une fois, il ne s’agissait pas d’une insurrection mais d’une incapacité de l’Etat.

Cependant lorsque l’on suit le raisonnement de M. Lemann, nous comprenons les raisons de cette inactivité. Les appels à l’Insurrection Act ont dans le sud des Etats-Unis un lourd passif souvent défavorable aux Républicains. N’oublions pas que la Louisiane d’aujourd’hui est la conséquence de l’histoire américaine et de ses problèmes raciaux.

Si autant de noirs pauvres habitaient dans cette région, c’est que dans les années 60, les républicains luttant pour un statut de seconde zone pour les noirs les ont cantonnés dans ses ghettos qui ont été inondés très facilement.

Ainsi dans cette sordide histoire, il ressort que les torts sont partagés. Le gouverneur aurait du faire application de l’Insurrection Act en invoquant l’incapacité de son Etat à pourvoir protection à ses habitants et le Président aurait du agir en prenant la tête des opérations au lieu de s’adonner à un calcul qui s’est avéré désastreux politiquement et humainement.



5 Responses to “Katrina : Imputabilité & Responsabilité – Les raisons politiques et constitutionnelles d’un désastre annoncé”

  1. negrito
    8/10/2005 at 0:23 #

    ahem… would you really ask Bush to rescue your blog if your web server was going underwater ?

  2. Laurent
    8/10/2005 at 15:27 #

    Ok sur les aspects politiques, légaux et institutionnels… Mais il faut aussi bien comprendre que des cyclones, il en passe tous les ans aux USA, et au bout d’un moment, c’est comme de crier au loup: les gens se disent que “ça ne sera pas si grave”, qu'”il n’y a pas de risque”, et, en bous qu'”on n’est pas dans l’hémisphère sud, on est trop au nord pour se prendre un cyclone aussi violent”… sauf que le climat a, quoi qu’on en dise, beaucoup changé ces dernières années, et les USA comme l’Europe vont de plus en plus être confronté à des situations “extrêmes” (El Nino pour les Amériques, les canicules, les inondations et les hivers très froids pour l’Europe).
    Global Warming, anyone?

  3. schuey
    9/10/2005 at 12:59 #

    Que je sois d’accord ou pas n’a pas d’importance, cela fait du bien de voir quelqu’n faire un effort intellectuel et de recherche.

  4. Candice
    11/10/2005 at 22:08 #

    I’ll say, having watched it from the ground locally, it is a mess, and would have been a mess in other cases. The cavalry not arriving, not only to Orleans parish, but to the rest of the area as well (which actually has a higher population than the city itself) was disastrous.

    My french is too terrible to respond in kind, I apologize.

  5. Sedulia
    20/10/2005 at 0:21 #

    “Si autant de noirs pauvres habitaient dans cette région, c’est que dans les années 60, les républicains luttant pour un statut de seconde zone pour les noirs les ont cantonnés dans ses ghettos qui ont été inondés très facilement.”

    The poor black quarters of New Orleans have been miserable since long before the Civil War. Believe me, I’d love to blame the Republicans of the 1960s, but their main [in]action was keeping the status quo, not inventing some new problem. Everyone in Louisiana knows this. New Orleans has always been one of the worst places in North America to be black. Maybe this will change now.

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